En cette année 2008, nous célébrons le 150ième anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge à Lourdes.
A l'aube de ce 11 février 1858, jour qui s'annonce de froidure et de brouillard, on se réveille peu à peu chez les Soubirous, dans cette maison exiguë et malsaine, appelée le "Cachot" depuis qu'effectivement elle a servi de succursale à la prison de Tarbes. C'est là que la municipalité loge naintenant les indigents et les Soubirous sont devenus des indigents. La mère est déjà debout et active devant le foyer. Bernadette la voit, ombre immense ou furtive devant les flammes et l'entend dire à mi-voix : "Non y a pas mes de legna"(il n'y a plus de bois).
"Bera gracia dou boun Diou" (quelle belle grâce du bon Dieu), se dit alors Bernadette. Oui, pour aller chercher ce bois au bord du Gave, elle va pouvoir quitter cette pièce malodorante où elle suffoque à cause de son asthme et où toute la famille vient de dormir pêle-mêle.
Autrefois, dans le moulin d'en bas, le moulin de Boly, on pouvait tout de même mieux respirer. Et puis on n'avait pas à compter ses sous comme maintenant pour acheter le moindre morceau de pain. A Bartrès aussi ça allait mieux de ce côté-là, mais il y avait tout le reste, les travaux de la ferme dont on ne voyait jamais la fin, la solitude en gardant les moutons, et surtout la mauvaise humeur continuelle de la patronne qui, à cause des malheurs qu'elle avait eus, ne pouvait supporter de voir quelqu'un d'heureux. C'était elle qui s'était chargée d'apprendre le catéchisme à Bernadette le soir à la chandelle, mais elle n'avait guère de patience et jetait le livre à la tête de son élève en lui criant: "Ben ben non seras James que ua pepia" (Va, va tu ne seras jamais qu'une sotte).
Bernadette, qu'on avait envoyée là-bas pour avoir au Cachot une bouche de moins à nourrir, y était allée en espérant pouvoir apprendre son catéchisme pour pouvoir ensuite faire sa communion. C'était pour notre pauvresse un parcours impossible et une sorte de cauchemar... En effet, pour faire la communion il fallait savoir son catéchisme et pour savoir son catéchisme, il fallait savoir lire et connaître le français. Que de choses à apprendre pour rencontrer Dieu, et être en Eglise comme tout le monde! En tout cas, à Bartrès, on ne l'avait pas beaucoup aidée et à Lourdes, où elle était revenue, c'était le retour à la case départ. Les prêtres de la paroisse étaient intraitables: pas de catéchisme, pas de communion!
Voici qu'enfin le jour s'est levé. "En avant, il faut descendre vers le Gave pour aller chercher du bois". Bernadette s'en fait une fête: "Enfin, pouvoir respirer!". Sa mère cependant est inquiète: "Bernadette, tu vas prendre froid, prends ton capulet".
Bernadette prend son capulet, et la voici déjà qui descend la ruelle avec Tomette sa soeur et Jeanne Abadie une voisine. Au pied de la côte cependant, près du Pont Vieux, on rencontre une lavandière: "Allez donc chercher votre bois dans le pré de Mr Laffite", dit celle-ci aux petites filles. "Non, répond Bernadette, on nous prendrait pour des voleuses". C'est vrai qu'on peut aller en prison pour moins que cela. François Soubirous, son père, y est resté une semaine parce qu'on l'avait accusé à tort d'avoir volé un sac de farine. Dans ces cas-là on prête toujours aux pauvres... des mauvaises intentions!
Et c'est ainsi qu'on arrive sans presque s'en apercevoir et sans tellement l'avoir choisi devant la grotte de Massabielle. Il y a là un canal, une sorte de ruisseau qui empêche d'y entrer. Toinette et Jeanne le traversent en sautant et en criant que l'eau est froide. Bernadette reste encore en arrière, elle a peur de prendre mal comme sa mère lui a demandé de ne pas le faire: "Aidez-moi à jeter des pierres dans l'eau pour que je puisse passer"; "Pet de Pericle passa comma nous aütis", lui répond Jeanne:( Sapristi, passe donc comme nous!).
C'est alors que la merveille va se produire: "Après un coup de vent, raconte Bernadette, j'ai vu quelque chose de blanc, comme une petite demoiselle. J'ai voulu faire le signe de la croix, je n'ai pas pu, la main m'est tombée. C'est alors que la demoiselle a fait le signe de la croix, alors j'ai pu."